Cyrano de Bergerac · Edmond Rostand · Acte II, scène 6
Cyrano a obtenu un rendez-vous de sa cousine Roxane et croit qu’elle vient lui avouer son amour. Elle vient lui demander de protéger un autre homme. Il tient jusqu’au bout sans rien laisser voir.
Gratuit pour commencer. Le texte s’ouvre déjà découpé en répliques, tous les autres rôles en voix.
Choisissez un rôle. L’autre personnage parle, votre réplique reste cachée jusqu’à ce que vous l’ayez dite.
Votre réplique
Que l’instant entre tous les instants soit béni, Où, cessant d’oublier qu’humblement je respire Vous venez jusqu’ici pour me dire… me dire ?…
CyranoQue l’instant entre tous les instants soit béni, Où, cessant d’oublier qu’humblement je respire Vous venez jusqu’ici pour me dire… me dire ?…
Roxane(qui s’est démasquée) Mais tout d’abord merci, car ce drôle, ce fat Qu’au brave jeu d’épée, hier, vous avez fait mat, C’est lui qu’un grand seigneur… épris de moi…
CyranoDe Guiche ?
Roxane(baissant les yeux) Cherchait à m’imposer… comme mari…
CyranoPostiche ?
(Saluant.)
CyranoJe me suis donc battu, madame, et c’est tant mieux, Non pour mon vilain nez, mais bien pour vos beaux yeux.
RoxanePuis… je voulais… Mais pour l’aveu que je viens faire, Il faut que je revoie en vous le… presque frère, Avec qui je jouais, dans le parc — près du lac !…
CyranoOui… Vous veniez tous les étés à Bergerac !…
RoxaneLes roseaux fournissaient le bois pour vos épées…
CyranoEt les maïs, les cheveux blonds pour vos poupées !
RoxaneC’était le temps des jeux…
CyranoDes mûrons aigrelets…
RoxaneLe temps où vous faisiez tout ce que je voulais !…
CyranoRoxane, en jupons courts, s’appelait Madeleine…
RoxaneJ’étais jolie, alors ?
CyranoVous n’étiez pas vilaine.
RoxaneParfois, la main en sang de quelque grimpement, Vous accouriez ! — Alors, jouant à la maman, Je disais d’une voix qui tâchait d’être dure :
(Elle lui prend la main.)
Roxane« Qu’est-ce que c’est encor que cette égratignure ? »
(Elle s’arrête stupéfaite.)
RoxaneOh ! C’est trop fort ! Et celle-ci !
(Cyrano veut retirer sa main.)
RoxaneNon ! montrez-la ! Hein ? à votre âge, encor ! — Où t’es-tu fait cela ?
CyranoEn jouant, du côté de la porte de Nesle.
Roxane(s’asseyant à une table, et trempant son mouchoir dans un verre d’eau) Donnez !
Cyrano(s’asseyant aussi) Si gentiment ! Si gaiement maternelle !
RoxaneEt, dites-moi, — pendant que j’ôte un peu le sang, — Ils étaient contre vous ?
CyranoOh ! pas tout à fait cent.
RoxaneRacontez !
CyranoNon. Laissez. Mais vous, dites la chose Que vous n’osiez tantôt me dire…
Roxane(sans quitter sa main) À présent j’ose, Car le passé m’encouragea de son parfum ! Oui, j’ose maintenant. Voilà. J’aime quelqu’un.
CyranoAh !…
RoxaneQui ne le sait pas d’ailleurs.
CyranoAh !…
RoxanePas encore.
CyranoAh !…
RoxaneMais qui va bientôt le savoir, s’il l’ignore.
CyranoAh !…
RoxaneUn pauvre garçon qui jusqu’ici m’aima Timidement, de loin, sans oser le dire…
CyranoAh !…
RoxaneLaissez-moi votre main, voyons, elle a la fièvre. — Mais moi j’ai vu trembler les aveux sur sa lèvre.
CyranoAh !…
Roxane(achevant de lui faire un petit bandage avec son mouchoir) Et figurez-vous, tenez, que, justement Oui, mon cousin, il sert dans votre régiment !
CyranoAh !…
Roxane(riant) Puisqu’il est cadet dans votre compagnie !
CyranoAh !…
RoxaneIl a sur son front de l’esprit, du génie, Il est fier, noble, jeune, intrépide, beau…
Cyrano(se levant tout pâle) Beau !
RoxaneQuoi ? Qu’avez-vous ?
CyranoMoi, rien… c’est… c’est…
(Il montre sa main, avec un sourire.)
CyranoC’est ce bobo.
RoxaneEnfin, je l’aime. Il faut d’ailleurs que je vous die Que je ne l’ai jamais vu qu’à la Comédie…
CyranoVous ne vous êtes donc pas parlé ?
RoxaneNos yeux seuls.
CyranoMais comment savez-vous, alors ?
RoxaneSous les tilleuls De la place Royale, on cause… Des bavardes M’ont renseignée…
CyranoIl est cadet ?
RoxaneCadet aux gardes.
CyranoSon nom ?
RoxaneBaron Christian de Neuvillette.
CyranoHein ?… Il n’est pas aux cadets.
RoxaneSi, depuis ce matin Capitaine Carbon de Castel-Jaloux.
CyranoVite, Vite, on lance son cœur !… Mais ma pauvre petite…
La duègne(ouvrant la porte du fond) J’ai fini les gâteaux, monsieur de Bergerac !
CyranoEh bien ! lisez les vers imprimés sur le sac !
(La duègne disparaît.)
Cyrano… Ma pauvre enfant, vous qui n’aimez que beau langage, Bel esprit, — si c’était un profane, un sauvage.
RoxaneNon, il a les cheveux d’un héros de d’Urfé !
CyranoS’il était aussi maldisant que bien coiffé !
RoxaneNon, tous les mots qu’il dit sont fins, je le devine !
CyranoOui, tous les mots sont fins quand la moustache est fine. — Mais si c’était un sot !…
Roxane(frappant du pied) Eh bien ! j’en mourrais, là !
Cyrano(après un temps) Vous m’avez fait venir pour me dire cela ? Je n’en sens pas très bien l’utilité, madame.
RoxaneAh, c’est que quelqu’un hier m’a mis la mort dans l’âme, Et me disant que tous, vous êtes tous Gascons Dans votre compagnie…
CyranoEt que nous provoquons Tous les blancs-becs qui, par faveur, se font admettre Parmi les purs Gascons que nous sommes, sans l’être ? C’est ce qu’on vous a dit ?
RoxaneEt vous pensez si j’ai Tremblé pour lui !
Cyrano(entre ses dents) Non sans raison !
RoxaneMais j’ai songé Lorsque invincible et grand, hier, vous nous apparûtes, Châtiant ce coquin, tenant tête à ces brutes, — J’ai songé : s’il voulait, lui, que tous ils craindront…
CyranoC’est bien, je défendrai votre petit baron.
RoxaneOh, n’est-ce pas que vous allez me le défendre ? J’ai toujours eu pour vous une amitié si tendre.
CyranoOui, oui.
RoxaneVous serez son ami ?
CyranoJe le serai.
RoxaneEt jamais il n’aura de duel ?
CyranoC’est juré.
RoxaneOh ! je vous aime bien. Il faut que je m’en aille.
(Elle remet vivement son masque, une dentelle sur son front, et distraitement.)
RoxaneMais vous ne m’avez pas raconté la bataille De cette nuit. Vraiment ce dut être inouï !… — Dites-lui qu’il m’écrive.
(Elle lui envoie un petit baiser de la main.)
RoxaneOh ! je vous aime !
CyranoOui, oui.
RoxaneCent hommes contre vous ? Allons, adieu. — Nous sommes De grands amis !
CyranoOui, oui.
RoxaneQu’il m’écrive ! — Cent hommes ! — Vous me direz plus tard. Maintenant, je ne puis. Cent hommes ! Quel courage !
Cyrano(la saluant) Oh ! j’ai fait mieux depuis.
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